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Les sorcières de Salem: entre mythe et réalité

Depuis toujours nous avons entendu parler de sorcières, que ce soit à travers des livres, des films, des contes ou des dessins animés, et dans l’imaginaire populaire, c’est toujours cette méchante vieille femme biscornue avec une grosse verrue sur le nez, ayant un chat noir, un chaudron et se déplaçant sur un balai.

 

Pourtant, l’histoire que nous allons vous raconter aujourd’hui parle de sorcières d’un tout autre genre.

 

En 1692, dans le tout jeune État du Massachusetts, Abigail Williams et sa cousine Betty Parris, deux jeunes filles appartenant à la très rigoriste communauté puritaine de Salem, commencent à montrer des signes inquiétants de possession démoniaque. Très vite, d’autres filles vont se joindre à elles prétextant avoir les mêmes symptômes.

Pour leur communauté en proie aux superstitions, tout ceci n’a qu’une seule explication : elles ont été ensorcelées, quelqu’un leur a jeté un sort, mais qui et pourquoi ?

Si vous préférez écouter cet épisode, il vous suffit de cliquer ici!.

Commence alors l’un des procès de sorcellerie les plus longs, les plus notoires et les plus retentissants de l’histoire des États-Unis où pas moins d’une centaine de personnes seront arrêtées et accusées de commerce avec le diable tandis que quarante autres seront condamnées à la potence.

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Source : wellingtonwea

Mais alors comment toute cette mystérieuse affaire a commencé ? Dans quel contexte historique tout cela s’est déroulé ? Et si Abigail Williams, Betty Parris et les autres avaient tout inventé pour se venger ?

C’est ce que je vous invite à découvrir avec moi dans notre affaire criminelle d’aujourd’hui qui nous mène tout droit dans l’ambiance des premières colonies américaines, alors sous le joug de l’obscurantisme puritain.

La Barbade, Caraïbes, septembre 1680.

Assis dans son fauteuil en rotin, Samuel Parris se félicite d’avoir fait une si bonne affaire. Son achat, il l’a payé trois fois rien ce matin, un prix bradé car la propriétaire, Suzana Endicott, voulait se débarrasser de son « fardeau » le plus vite possible.

L’achat en question est un jeune couple d’esclaves : John l’Amérindien et Tituba la Haïtienne. Auparavant, le couple vivait encore chez Suzana Endicott qui les avait achetés séparément. Alors que John est entré très jeune à son service, Tituba l’a rejoint que deux années plus tôt et ils ont fini par s’amouracher sous son toit.

Craignant le scandale qui en découlerait si un bâtard mulâtre venait à naître, Madame Endicott, en bonne chrétienne craignant l’Église, a vite fait de les marier.

Mais depuis que Tituba est entré à son service, des choses étranges ont commencé à se produire comme cette fois où un coq noir est entré dans le salon, ou encore cette fois où le sucrier a fait tout seul une pirouette avant de s’échouer sur le plancher !

Plus d’une fois, Suzana Endicott a surpris le jeune couple s’échangeant des regards malicieux et entendus quand des choses pareilles se produisaient, plus d’une fois elle les a entendus ricaner dans son dos : il est clair qu’ils conspiraient pour lui faire peur et l’assassiner dans son sommeil afin de mettre la main sur ses biens. Elle soupçonne surtout Tituba d’être à l’origine de ces « phénomènes surnaturels », sachant que tous les esclaves venus d’Haïti pratiquent la magie vaudoue, employée aussi bien pour guérir que pour nuire.

Les continuels maux de tête de Suzana Endicott, ses douleurs à l’estomac, ses boutons sur la nuque et sous les aisselles ne pouvaient trouver leur origine que dans un pantin confectionné à son effigie par la redoutable épouse de John.

Non, décidément, elle ne pouvait plus en supporter davantage. Le moment était donc venu pour qu’elle se débarrasse une bonne fois pour toutes de l’homme et de la femme.

La veille de leur « vente », elle leur dit :

« Ramassez vos affaires, demain vous irez au marché d’esclaves ! »

L’Amérindien John, d’habitude si silencieux et orgueilleux, a alors perdu toute contenance et s’est jeté à ses pieds pour la supplier de ne pas le séparer de sa femme.

« Imbécile ! Je demanderai à ce qu’ils vous prennent ensemble  ! »

Samuel Parris a repéré le couple sur la place principale de Bridgetown, l’Indien a les cheveux lâchés sur les épaules et la femme africaine est vêtue d’une toilette rouge criarde, sûrement héritée de quelque prostituée de passage. À cause du soleil écrasant, mari et femme ont la tête couverte de pauvres chapeaux de pailles et le peu d’affaires qu’ils possèdent tiennent dans deux baluchons posés à leurs pieds.

Autour d’eux, des voix masculines s’élèvent pour proposer les enchères. Plus loin, leur ancienne propriétaire est assise dans une calèche, la tête protégée avec une ombrelle, guettant la progression de la vente et attendant un signe du marchand d’esclaves, une fois les négociations terminées.

Samuel Parris s’est approché de plus près pour inspecter la physionomie du couple, vérifier s’ils ne souffrent pas de quelque infection de peau ou tout autre type de maladie. Il tâte les muscles de John, inspecte les dents de Tituba, renifle leur haleine à tous les deux avant de trancher.

Ils ont l’air en parfaite santé, le garçon peut abattre la tâche de deux hommes, la fille paraît un peu effrontée mais tout de même assez solide aussi, il est clair qu’ils pourront travailler les quarante prochaines années sans problèmes et leurs futurs enfants prendront la relève en temps voulu.

John a cette mine renfrognée et fermée propre aux Amérindiens tandis que les yeux noirs et étincelants de Tituba jettent des éclairs en direction de Samuel Parris alors qu’il remet les trois pièces d’or à Suzana Endicott. Celle-ci, aussitôt l’argent glissé dans sa bourse, disparaît à bord de sa calèche sans leur jeter un regard.

Le soir même, le couple s’attelle déjà à la tâche dans la maison de leur nouveau maître, Tituba s’affairant dans la cuisine et John montant la garde dans le jardin de bananiers, une machette accrochée à sa ceinture.

Né à Londres en 1653, Samuel Parris est le deuxième fils d’un négociant en tissu, propriétaire de plusieurs terres dédiées à la production du tabac dans les Antilles, alors colonie anglaise outre-mer. Il passe ses premières années en Angleterre avant de rejoindre son père avec le reste de la famille à la Barbade. Seulement, à la mort de ce dernier, Samuel Parris voit l’essentiel de son héritage raflé par son frère aîné comme il est alors de coutume à cette époque. À lui, il ne reste plus qu’un lopin de terre tout juste suffisant pour y planter des tubercules.

En décembre 1680, il met en vente son terrain et, accompagné de John et Tituba, il embarque pour Boston aux États-Unis dans l’espoir de faire fructifier le petit capital qu’il lui reste. L’une de ses sœurs cadettes y vit déjà avec son époux.

Il ne se passe pas beaucoup de temps avant que Samuel Parris n’épouse Elizabeth Eldridge, fille d’un pasteur originaire de Newcastle. Le couple s’installe à Salem Village dans une modeste maison en bois.

Il est bon de rappeler que les premières communautés installées au nord-est des États-Unis, plus précisément dans le Maine et le Massachussetts, sont des communautés puritaines venues essentiellement d’Angleterre et des Pays-Bas. Les Parris ne dérogent pas à la règle, d’ailleurs Samuel projette de devenir pasteur de Salem Village, titre qu’il obtient sans grande peine.

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Source : letemps

À présent, laissez-moi vous donner un aperçu sur la vie quotidienne dans ces colonies pendant la deuxième moitié du xviie siècle afin de mieux vous imprégner de l’atmosphère du récit.

Tout commence lorsque, marginalisée et mise au ban de la société en Angleterre où elle fait continuellement l’objet de poursuites, la communauté puritaine décide d’embarquer pour le Nouveau Monde en 1620. Pour ces religieux très rigoristes, le but est de trouver une terre vierge dépourvue de péchés, une terre où leur communauté pourrait enfin vivre sans craindre les persécutions de l’Église anglicane.

Les dogmes puritains sont extrêmement stricts, le mode de vie très austère, la pureté est l’un des socles fondateurs de la morale et la pratique du jeûne est très courante, toujours dans cet esprit de purification du corps et de l’esprit.

Avec cela, il y a l’angoisse permanente de déplaire au créateur, de ne pas être suffisamment à la hauteur, alors il faut redoubler d’efforts et s’infliger toutes sortes de privations. Les familles abattent quotidiennement des tâches en fonction de leur âge et de leur sexe : les hommes et les petits garçons tirent la charrue dans les champs et cultivent l’orge et le maïs pour subvenir aux besoins de la famille tandis que les femmes et les fillettes travaillent d’arrache-pied dans la cuisine, tissent, cousent, vont puiser l’eau à la rivière, élèvent les enfants.

Les puritains veillent toujours à rester sur le droit chemin, à avoir une vie saine et la plus éloignée possible des tentations et des dépenses. Ils ont alors l’intime conviction qu’en se privant de nourriture, de divertissements et de tout autre plaisir, ils accèderont au titre « d’élus ».

Les fêtes de Noël et de Pâques ne sont pas célébrées, la consommation d’alcool et de tabac strictement interdite, toute manifestation de joie est d’ailleurs désapprouvée et remplacée par la prière, les repentances et parfois même l’auto-flagellation et l’automutilation, des pratiques vivement encouragées même chez les enfants.

Quand la prière et le jeune ne suffisent plus pour éradiquer les fléaux de la sécheresse, de la grêle ou des sauterelles, ils ont recours à d’autres moyens : les rituels d’exclusion censés « nettoyer » la communauté d’éventuels « parasites », autrement dit ceux dont la piété est jugée pas suffisamment profonde et qui pourraient porter préjudice à l’équilibre de tous, et les condamner à l’enfer. Ces exclus sont alors chassés sans ménagement avec interdiction de faire demi-tour, quitte à ce qu’ils meurent de faim ou de froid en chemin.

L’habillement constitue aussi un signe distinctif de leur appartenance : larges chapeaux hauts et capes noires pour les hommes, coiffes blanches couvrant les cheveux et chasubles de laine amples pour les femmes.

Les bijoux, les coiffures extravagantes, les parfums, les couleurs vives et les étoffes coûteuses sont prohibées ; l’essentiel est de paraître modeste et de faire disparaître toutes les parties de l’anatomie susceptibles d’inciter au péché, surtout chez les femmes éduquées comme étant les gardiennes de la morale et les seules en mesure de ne pas inciter les hommes à sortir du droit chemin.

« Les communautés puritaines étaient en perpétuelle recherche des traces du diable car pour elles, il pouvait prendre différentes incarnations. Le crime le plus réprouvé est celui de la bestialité, à savoir des rapports sexuels consentis entre un homme et une femme non mariés. » raconte l’historien Jean-Claude Le Glaunec.

Salem est fondée en 1626 et Boston en 1630. D’autres villages voient également le jour. Tous sont construits autour d’une église, souvent entourés d’une espèce de forteresse servant à protéger les habitants des perpétuelles menaces locales : les attaques d’animaux sauvages et les invasions des tribus amérindiennes dont la violence génère une peur quasi-quotidienne parmi les villageois.

Les tribus amérindiennes des Wampanoag et des Powhatans qui assistent chaque jour au rapt de leurs terres par ces nouveaux venus de l’ancien continent n’ont d’autre choix que d’avoir recours à la technique du scalp pour se venger. Plusieurs villageoises parties puiser de l’eau à la rivière sont d’ailleurs retrouvées éventrées et le cuir chevelu arraché.

Pour arrêter les massacres, le gouvernement royal décide d’une solution à l’amiable durant laquelle le chef des Wampanoag accepte de signer un contrat d’entraide avec les colons, sorte de feuille de route qui stipule des relations plus cordiales, basées essentiellement sur le négoce et le troc de biens communs comme le tabac, les peaux d’ours, les pommes de terre, le maïs, le coton et les armes.

Société recluse, machiste, codifiée, entourée d’interdits, vivant dans la peur permanente d’éventuels châtiments divins, les puritains commencent peu à peu à s’isoler et à se “ghettoïser” derrière les murs de leurs forteresses en bois. Cette isolation volontaire est d’ailleurs l’une des principales causes des tragiques événements à venir et dont Salem Village constituera le décor de fond.

Depuis qu’il s’est installé dans sa nouvelle patrie américaine, Samuel Parris est entré dans les fonctions de ministre de l’Église du village. Dans cette contrée sauvage et au climat rigoureux de Nouvelle-Angleterre, il se sent plus proche de Dieu, plus apte à servir sa parole et plus éloigné des tentations de la chair, comme c’était le cas quand il vivait encore aux Antilles.

Plusieurs années se sont écoulées depuis qu’il a embarqué dans cette caravelle à destination des États-Unis en compagnie de John et Tituba. À présent, il est devenu notable et à la tête d’une famille nombreuse. Sa femme Elizabeth a donné naissance à trois enfants : Thomas, Elizabeth dite « Betty » et un troisième garçon baptisé Caleb. Depuis quelques mois, un quatrième enfant est venue rejoindre la famille, une petite fille prénommée Abigail Williams, la nièce de Samuel dont les parents viennent de mourir d’une épidémie de rougeole.

Abigail, âgée de dix ans, a été recueillie par son oncle dans un élan de charité chrétienne mais dans le sens où sa présence devra aussi être utile à Madame Parris. Elle devra l’aider dans tous les travaux ménagers, la cuisine et l’éducation du bébé Caleb. Autrement, la nourrir, la vêtir et la loger serait considéré comme une folle dépense. C’est aussi cela, la moralité puritaine.

Quoi qu’il en soit, la fillette se lie rapidement avec sa cousine Betty âgée de huit ans, pour laquelle elle devient une sorte de mentor et une compagne de jeu.

Abigail Williams est une enfant éveillée et souvent entêtée et la petite Betty cherche à la copier dans tous ses faits et gestes, comme il est d’usage chez les petites filles à cet âge. Quand elles n’aident pas l’esclave Tituba et Madame Parris dans les travaux ménagers, les deux cousines passent le plus clair de leur temps dans le grenier de la maison à se raconter des histoires qui font peur. Parfois, le révérend Parris les emmènent avec lui en calèche dans d’autres villages pour vendre ou échanger des marchandises. Ces sorties, bien que rares, constituent la seule fenêtre sur le monde à l’extérieur du village de Salem.

Quand l’Amérindien John part à la chasse en compagnie de Tom, l’aîné des enfants, les petites filles se faufilent derrière eux et les suivent jusque dans les bois alentour où, cachées derrière un arbre, elles observent tout le rituel de la capture d’animaux destinés à l’abattage. Quand John plante son couteau dans la gorge d’un élan, Abigail et Betty répriment un cri sans pour autant quitter la scène des yeux. La vue du sang giclant de l’animal exerce sur elles une grande fascination morbide.

Pendant les longues nuits d’hiver, Tituba raconte aux fillettes des légendes et des histoires sur la magie vaudoue dans laquelle elle a baigné durant son enfance sur l’île d’Haïti. Elle leur fait le récit fantastique de tortues marines, de poupées épinglées et accrochées à des arbres et de prophétesses capables de déclencher des éruptions de volcans. Chaque nuit, ces histoires au parfum tellement étrange et exotique tiennent les petites filles en haleine, les effrayant et les fascinant en même temps.

Au début de l’année 1691, Salem Village est devenu le refuge de plusieurs rescapés venus d’autres villages de la Nouvelle-Angleterre pour fuir les persécutions des tribus indiennes qui ont mis le feu à leurs habitations. La communauté puritaine vit alors l’une des périodes les plus noires de son histoire où elle se sent continuellement traquée et menacée.

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