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La mystérieuse disparition en mer du Mary Céleste

La mystérieuse disparition en mer du Mary Céleste
Le 7 novembre 1872, le brigantin Mary Celeste quitte le port de Staten Island à New York pour un voyage vers l’Europe.

 

À son bord, le capitaine Benjamin Briggs, son épouse Sarah, leur petite fille Matilda ainsi qu’un équipage composé de plusieurs marins chevronnés.

 

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Mais l’improbable se produit quand, le 4 décembre 1872, l’équipage du Dei Gratia repère le Mary Celeste zigzagant tout seul aux larges des Açores. On lui fait des signaux, pas de réponse ; on monte à son bord, il est désert, une table de dîner est encore dressée, tout est à sa place et donne l’impression que les occupants ont quitté précipitamment les lieux !

Si vous préférez écouter cet épisode, il vous suffit de cliquer ici!

Source : ligurianautica

À partir de ce moment, toutes les spéculations et les hypothèses vont être permises : l’équipage du Mary Celeste s’est entretué, l’eau a attaqué les cales, la cargaison d’alcool a libéré des gaz toxiques, ou encore une pieuvre géante les aurait tous englouti et emporté dans les profondeurs…

Je vous invite à découvrir ou à redécouvrir avec moi l’histoire du Mary Celeste qui, entre réalité et fiction, continue d’alimenter la légende des bateaux fantômes. Avec l’expansion du commerce extérieur engagé par l’avènement de la révolution industrielle en Angleterre, la deuxième partie du XIXe siècle marque un véritable tournant dans les échanges entra-maritimes.

Dans l’océan Atlantique mais aussi en Méditerranée, la Grande-Bretagne et les États-Unis se taillent la part belle puisque les deux nations n’ont cessé de réaliser de grandes avancées dans le domaine.

De nouveaux navires plus rapides, plus solides et plus performants voient le jour, générant une compétition féroce entre les deux nations qui dominent à présent les deux tiers des mers du globe. Mis à part l’aspect mercantile, une nouvelle façon de voyager commence aussi à voir le jour, facilitée par la diversité de la nouvelle flotte.

Les voyageurs se déplacent de plus en plus par le biais des vapeurs, des paquebots ou encore des goélettes et des Baltimore Clipper, sorte de voiliers très répandu aux États-Unis et dans le littoral des Caraïbes. Les traversées entre le continent européen et le Nouveau Monde n’ont jamais été aussi rapides.

Une traversée classique, qui prend d’habitude un mois ou deux, se retrouve ainsi réduite à deux semaines parfois même moins quand les conditions du vent sont adéquates. Pourtant, malgré l’avancée, le domaine maritime n’est pas encore exempt de ses vieux démons : une maladie contagieuse qui se déclare soudain à bord, une tempête incontrôlable, une mutinerie et tout un projet est réduit à néant, des mois et des mois de travail partis en fumée.

Mais parfois, il ne suffit pas d’une épidémie, d’une bagarre ou d’un naufrage pour anéantir une traversée. Parfois, des choses bien plus étranges peuvent également se produire. Les marins du monde entier ont d’ailleurs tous leur lot d’anecdotes effrayantes sur le sujet.

Dans la colonie britannique de Gibraltar, les habitants se souviennent encore d’une retentissante affaire survenue entre l’année 1872 et 1873, quand le capitaine David Morehouse et son second Olivier Deveau, tous deux aux commandes du brigantin Dei Gratia, ont été transféré devant la justice pour une mystérieuse affaire d’équipage disparu en mer.

L’affaire a tenu en haleine pendant des mois les Anglais, les Américains et les Italiens des deux côtés de l’océan. L’équipage disparu était celui d’un autre brigantin, voyageant pendant la même période que le Dei Gratia : le Mary Celeste. Un capitaine, quatre officiers, quatre stewards et tout autant de marins, sans oublier l’enfant et la femme du capitaine, tous comme volatilisés.

Tous disparus sans laisser de trace. Pourtant, bien avant d’atterrir dans les dossiers du tribunal maritime, l’histoire du Mary Celeste a commencé sous les meilleures auspices un 7 novembre 1872. Ma chère mère, Nous nous apprêtons à quitter le port de Staten Island. Comme vous le devez savoir sûrement, Sarah et Matilda sont arrivées de Boston et sont enchantées tout autant que moi de prendre la mer. L’équipage est quant à lui composé d’hommes solides et pacifistes, bien sous tous rapports dont beaucoup m’ont été recommandés par John Winchester lui-même. J’ai donc la conscience sereine à ce propos. À présent, notre vaisseau est en parfaite condition et j’espère que nous aurons une belle traversée. Dans l’attente de vous revoir. Votre fils qui vous aime, Capitaine Benjamin Briggs Le 6 novembre 1872.

Assis dans son bureau, le capitaine Briggs relit à haute voix sa lettre avant de la plier et la cacheter avec de la cire brûlante. Cet échange épistolaire avec sa mère revêt à présent toute son importance puisqu’il va s’absenter pour un long moment. La prochaine missive, il la lui enverra depuis l’Italie, dernière étape de son voyage.

À l’étage, l’épouse du capitaine est en train de faire l’inventaire des dernières choses qu’elle devra emporter avec elle. Par moment, elle jette un regard plein de tendresse à sa petite Sophia Matilda, endormie comme un ange dans son petit couffin. Pourvu que son bébé ne souffre pas du mal de mer, supplie intérieurement Sarah Briggs en joignant ses mains.

L’autre enfant du couple, Arthur, n’est pas du voyage car il est en pension. Le capitaine Briggs, étant intransigeant sur l’éducation, juge qu’une absence trop prolongée lui fasse prendre du retard sur ses cours. « Heureusement que je vais pouvoir emporter le piano ! » Dit tout haut Sarah Briggs, oubliant les heures de négociation que cela lui a coûté pour convaincre son obstiné de mari d’emporter avec eux l’instrument qui trône dans le salon. Il a fini par donner son accord car elle avait déjà commencé à verser quelques larmes.

Dans cette famille protestante et rigoriste, la coquetterie et les dépenses folles pour des choses jugées inutiles ne sont pas permises. Le piano a été offert à Sarah Briggs par l’une de ses grands-mères en guise de cadeau de noces, une futilité que son mari n’aurait jamais songé à acheter. Pour les vêtements, c’est une autre paire de manche : le capitaine a horreur des femmes artificielles et constamment devant leur miroir.

Faire une traversée de près de trois semaines en plein Atlantique, c’est autre chose que d’aller au bal, alors Sarah Briggs a été tenue de se limiter à quatre toilettes de rechange, un coupe-vent, de grosses écharpes en laine ainsi que de simples chapeaux. Elle aura tout le temps de se faire belle à leur retour. À 19 h 00, le couple Briggs et le second capitaine Albert G. Richardon (également du voyage) s’installent tous les trois pour dîner.

Le repas se passe dans la légèreté d’esprit qui précède chaque voyage à l’étranger. À la fin du dîner, Sarah Briggs, en bonne maîtresse de maison, montre ses talents de musicienne en jouant une partition de Beethoven. — Bravo, Madame Briggs, quel talent ! — Je m’entraîne sur l’orgue de l’église depuis déjà toute petite ! — Vous êtes épatante ! Mais tous les trois ne pensent plus qu’au départ du lendemain matin.

Il faut dire qu’après des semaines interminables d’attente, tout le monde se languissait presque, tous redoutaient que le voyage ne soit annulé à la dernière minute. Madame Briggs a même prié avec ferveur pour que la météo soit estivale en plein automne newyorkais.

Son mari, qui a des préoccupations beaucoup plus pratiques, a davantage craint que certains des membres de l’équipage (qu’il avait si soigneusement trié sur le volet) ne finissent par jeter l’éponge avant le début de l’aventure. Il faut se rendre à l’évidence, par les temps qui courent, trouver de bons marins qui ne se saoulent pas, ne se bagarrent pas et ne chapardent pas n’est pas une mince affaire. Briggs en a choisi huit sur une liste de quarante.

Certains lui ont été recommandés par d’autres capitaines de navires, les stewards par le biais de lettres de recommandation truffées de toutes leurs compétences et leur expérience en matière de navigation. Le départ du Mary Celeste, prévu normalement deux semaines auparavant, a été retardé à cause de conditions climatiques peu clémentes qui empêchaient toute sortie en mer.

Le capitaine Briggs a quitté Boston en premier le 20 octobre 1872, il a préféré venir lui-même à New York pour superviser la cargaison qui lui a été confiée pour être acheminée jusqu’au port de Gênes en Italie : 1 701 tonneaux d’alcool pur qui devront être arrimés dans les cales du bateau et transportés pour le compte de la compagnie Meissner Ackermann and Corporation.

Une cargaison qui vaut de l’or, d’autant plus précieuse que tout le monde sait que le transport d’alcool peut parfois être dangereux à cause des vapeurs volatiles susceptibles de s’échapper à tout moment, lorsqu’on sait qu’à cette époque, il n’existe pas encore de système de réfrigération ou de climatisation.

Pendant le chargement de sa précieuse cargaison, le capitaine a assisté à toute l’opération de A à Z. Mais pendant le chargement des cales, l’un des canots de sauvetage s’est détaché accidentellement du cordage pour venir s’échouer sur une caisse contenant plusieurs bouteilles.

Le capitaine Briggs, bien que rationnel, a tressailli : si d’habitude il est rationnel, il est tout d’abord marin et sait qu’un canot brisé est signe de mauvais augure. Pas le temps de le remplacer cependant, tant pis.

De l’autre côté du port, Briggs, encore un peu ébranlé par l’incident, remarque qu’un autre vaisseau est au mouillage. Il s’agit du brigantin canadien Dei Gratia qui prend la mer juste après le sien. Le Dei Gratia, est lui aussi chargé d’une importante cargaison tout aussi coûteuse : des tonneaux d’huile de baleine, de rhum, de whisky et des peaux de phoques attendus dans plusieurs ports méditerranéens.

Le capitaine du Dei Gratia, l’Écossais David Morehouse et son second, le Québécois Olivier Deveau, viennent tous les deux à la rencontre du capitaine Briggs. Il apprend que le Dei Gratia lèvera l’ancre le 11 novembre pour se rendre à Gibraltar pour ensuite continuer son voyage dans les ports de Marseille, de la Sicile et enfin à Malte. Agé de trente-sept ans, originaire du Massachussetts, le capitaine Briggs est tout d’abord un marin chevronné et respectable, avec pas moins de dix années de navigation intensive à son actif.

Il a sillonné presque tous les littoraux du monde, de l’Europe à l’Asie, de l’Afrique au Groenland, de la Mer du Japon jusqu’en Australie. Lui-même fils d’officier de la marine marchande, il a décidé de prolonger la tradition familiale, espérant que son fils aîné Arthur reprenne le flambeau une fois le moment venu.

En bon pratiquant rigoriste, le capitaine Briggs ne boit jamais et ne joue jamais au poker, jeu pourtant très prisé parmi les hommes de son milieu. Il est décrit par tous ceux qui l’ont rencontré à cette époque comme un homme portant une barbe à la « Abraham Lincoln », au tempérament un peu rude, strict mais également juste et équitable.

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