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La mystérieuse disparition de Betty Belshaw

La mystérieuse disparition de Betty Belshaw
Le 6 janvier 1979, Cyril Belshaw, éminent anthropologue canadien, est en vacances à Paris en compagnie de son épouse Betty Joe. Alors qu’ils doivent se retrouver pour déjeuner ensemble dans une galerie marchande, Betty ne se présente pas au rendez-vous. Elle ne revient ni le lendemain, ni les jours suivants.

 

Mais trois mois plus tard, le mystérieux cadavre d’une femme est retrouvé sous un pont près de la station de ski de Crans-Montana dans la région Vaudoise.

 

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Beaucoup pensent qu’il s’agit de celui de la disparue. À partir de ce moment, Cyril Belshaw va multiplier les bavures : il falsifie l’odontogramme de sa femme réclamé par la police, il refuse de coopérer avec les inspecteurs venus l’interroger, il donne des scénarios tirés par les cheveux et se rétracte plusieurs fois. Pour la justice suisse, son attitude est celle du coupable idéal.

Si vous préférez écouter cet épisode, il vous suffit de cliquer ici!

Source : pages

Les enquêteurs ne sont pas au bout de leurs surprises quand ils découvrent que Betty n’avait en fait jamais accompagné son mari à ce fameux voyage à Paris ! Mais alors, qui était avec lui tout ce temps ? Cyril Belshaw a-t-il créé un scénario de toutes pièces pour brouiller les pistes ? Et surtout pourquoi aurait-il cherché à éliminer sa femme, lui, scientifique célèbre à la réputation sans tache ?

Je vous propose de remonter avec moi le fil de cette affaire digne d’un polar d’Agatha Christie, où le classique triangle amoureux épouse-mari-maîtresse, occupe une place non négligeable.

Nous sommes à Paris, ce 6 janvier 1979. Dans la salle à manger de l’hôtel Novotel, les serveurs, sur le pied de guerre depuis six heures du matin, commencent à servir le petit déjeuner pour les clients matinaux.

— Pierre, n’oubliez pas de faire monter le petit-déjeuner de Monsieur et Madame Belshaw, chambre 54.

— J’y vais !

Comme beaucoup de structures de cette envergure, le Novotel est un de ces hôtels-dortoirs de banlieue, éloignés de toute attraction touristique, correct mais sans être prestigieux. La grande majorité de la clientèle comprend des conférenciers étrangers et des gens venus en déplacement professionnel plutôt qu’en villégiature. De ce fait, la décoration du lieu est impersonnelle et le contact entre le staff et les résidents est mitigé, seulement limité à la courtoisie professionnelle d’usage, sans plus.

Les cent chambres qu’abrite l’hôtel sont reparties sur six étages, et une salle de réunion et un bar occupent une bonne partie du rez-de-chaussée.

—  Mr Belshaw. C’est pour le room-service. Puis-je entrer ? Demande le serveur en anglais.

—  Oh, laissez-donc devant la porte, mon épouse n’est pas tout à fait prête. Je vais sortir récupérer le plateau. Je vous remercie, mon brave, répond une voix d’homme dans un anglais oxfordien.

Le serveur repart en grommelant :

— Ouais ! Encore une bonne raison pour pas donner de pourboire ! Marre de ces “rosbifs” !

Les Belshaw sont un couple d’âge mûr et bien comme il faut. Il y a d’abord le mari, Cyril, cinquante-neuf ans, célèbre anthropologue qu’on ne présente plus et dont la renommée mondiale a dépassé les frontières.

Il compte à son actif plusieurs travaux et ouvrages sur l’histoire des ethnies autochtones de Nouvelle-Guinée, Fiji, Îles Salomon et une thèse de doctorat sur les Maoris de Nouvelle-Zélande. Il est cité comme une référence dans le domaine et est considéré comme une star au sein de la communauté scientifique.

Bettina Joe, appelée tout simplement « Betty », soixante ans, enseigne l’anglais à l’université de Colombie-Britannique. Si elle n’est pas constamment sous les feux des projecteurs comme son illustre mari, elle passe cependant pour être une des meilleures et des plus impliquées dans le domaine littéraire de son pays.

Avant de déposer leurs valises dans la capitale française, les Belshaw ont voyagé en Suisse à l’occasion d’un congé sabbatique. Ils y ont d’ailleurs repéré un joli appartement dans un chalet vaudois qu’ils ont décidé de louer à l’année en prévision de leur prochaine année de congé.

Mariés depuis trente-six ans, ils ont deux enfants déjà grands et mariés, Diana et Adrian. Les Belshaw sont une famille soudée et classique, de ces vieilles familles canadiennes de tradition anglaise qui malgré leur aisance matérielle, préfèrent rester discrets, privilégiant les transports en commun plutôt que la voiture de service pour se prendre à leur travail et menant une vie simple.

Le seul luxe que le couple se permet sont les voyages, loisir qui n’est intervenu que tardivement d’ailleurs, c’est-à-dire à l’approche de leur âge de la retraite.

Cyril et Betty Belshaw quittent le Novotel à 9 h 00 du matin pour prendre le métro. Une journée bien remplie les attend. L’anthropologue projette d’aller assister à un séminaire tandis que sa femme doit se rendre à la Bibliothèque Nationale pour y consulter des ouvrages et faire quelques recherches.

Ils se séparent à 10 h 00 à la station Bourse.

— Darling, retrouvons-nous, veux-tu à 13 h 00 aux Galeries Lafayette pour déjeuner, il y a ce restaurant « La Cuillère d’or » tu te souviens ? Ils servaient de ces pots-au-feu et ces gratins dauphinois, leur carte de vins est variée aussi ! Après nous irons choisir les cadeaux pour les enfants et pour ta collègue, propose Cyril Belshaw.

— Ok, darling !

Sa femme lui fait un signe de tête affirmatif, l’embrasse sur la joue avant de s’éloigner dans la foule.

Alors que les décors et les sapins de fin d’année commencent à être remballés, les Galeries Lafayette sont prises d’assaut par les premiers clients venus y flâner durant leur pause-déjeuner mais aussi par une armée de touristes japonais venus découvrir le temple du shopping Made in France.

Assis à la table de « La Cuillère d’Or », Cyril Belshaw plie le journal qu’il était en train de lire et jette un regard sur sa montre : 13 h 10. Betty n’est pas encore là. D’habitude elle est si ponctuelle, voire même un peu trop. Bon, dix minutes de retard ce n’est pas si grave, cela peut arriver, elle n’a peut-être pas vu le temps passer avec tous ces livres, sans oublier l’heure d’affluence dans le métro.

Monsieur Belshaw déplie encore son journal mais n’est plus vraiment concentré. Son regard ne quitte plus la porte d’entrée du restaurant. 13 h 15, 13 h 20, 13 h 30, 13 h 50, 14 h 00 ! Une heure de retard ! Betty ne se montre toujours pas ! Ça commence à devenir préoccupant.

Cyril Belshaw, qui est un homme pondéré et réfléchi, préfère cependant ne pas penser à un scénario catastrophe : elle est sûrement restée plus de temps que prévu à la bibliothèque, ou bien elle est partie faire un tour quelque part, n’a pas vu l’heure passer et a préféré rentrer directement à l’hôtel et puis voilà. N’étant plus en âge de déclencher une scène à sa femme pour un rendez-vous manqué, Cyril Belshaw s’en tient là. Pour le moment.

Il faut rappeler qu’à l’époque où se déroule cette histoire, nous ne sommes pas encore à l’ère des smartphones et la communication facile et instantanée n’a pas encore envahi le quotidien des personnes. La lenteur dans les rendez-vous et le manque de ponctualité de manière générale ne sont pas encore considérés comme une fatalité. Il y a même des femmes qui préfèrent volontairement faire attendre un prétendant à la table d’un café ou d’un restaurant, juste pour donner un peu plus de peps à la rencontre. Ce genre de comportement est toléré et même encouragé.

Fatigué d’attendre et de plus en plus inquiet, le Professeur Belshaw décide de prendre un taxi pour aller en toute hâte à la Bibliothèque Nationale afin d’en avoir le cœur net. Sur place, on lui dit que personne n’est venu dans la matinée. Mais comment ca, c’est insensé ?! Sachant que Betty avait depuis longtemps prévu cette visite, plusieurs jours même avant leur départ pour la  France !

À présent très angoissé, Cyril Belshaw revient au Novotel où, là aussi, personne n’a vu sa femme de la journée. Alors il monte dans leur chambre, s’assoit et attend. En plein hiver, les rues de Paris sont rapidement envahies par l’obscurité, raison supplémentaire pour que Betty abrège sa promenade (si promenade il y a) mais l’horloge indique qu’il est déjà 20 h 00 et elle ne rentre toujours pas.

Dès le lendemain matin, Cyril Belshaw entre en contact avec le consulat du Canada et la police pour leur annoncer la disparition de sa femme. Ces derniers se veulent rassurants et compatissants et lui conseillent d’attendre encore un peu. Pendant la matinée, il appelle ses enfants au Canada pour leur annoncer la mauvaise nouvelle. L’aînée, Diana, veut monter dans le premier avion pour venir rejoindre son père mais il l’en dissuade :

— Pas maintenant, après, laissons-lui un peu de temps, je suis sûr qu’elle va finir par revenir…

En disant ces mots, Cyril Belshaw cherche surtout à se rassurer lui-même et puis, à quoi ça sert d’alarmer ses enfants outre-mesure là où ils sont, de l’autre côté de l’océan ?!

— Les enfants, gardons espoir, je suis sûr qu’il ne lui est rien arrivé de grave !

Cela fait maintenant deux jours que Betty Belshaw n’a plus donné signe de vie. Le directeur du Novotel propose d’emmener lui-même le mari au commissariat de Bagnolet pour y déposer un avis de recherche.

Au poste de police, Cyril Belshaw donne une description très détaillée de la morphologie de sa femme et ce qu’elle portait le jour de sa disparition. Il ne laisse échapper aucun détail, citant tous les accessoires, donne même la couleur et la matière de ses dessous ainsi que les taches les plus distinctives de son anatomie. Le policier, rapidement irrité par cet homme très pointilleux, finit par noter les informations suivantes :

« Femme de race blanche, soixante ans, saine de corps et d’esprit, yeux clairs, cheveux châtains à mi-longueur, environ 1,70 m, corpulente, vêtue d’un tailleur grise-rose, chaussures de ville à talon carré, paire de boucles d’oreilles en or, rang de perles. Une verrue sous le menton. Dentition un peu en avant. Souriante et avenante, elle parle un anglais britannique ainsi qu’un peu d’allemand et de français. »

Cyril Belshaw est à son tour interrogé. Sans perdre son calme, habitué à se présenter à gauche et à droite, il énonce ses caractéristiques : il est d’origine néo-zélandaise, natif de 1921, naturalisé canadien, Président de l’Association internationale d’anthropologie, il travaille depuis 1953 en qualité d’enseignant à l’université de Vancouver, est marié depuis trente-six ans avec la disparue, leur mariage est sans nuages, ils sont issus du même milieu, ils s’entendent bien et sont parents de deux enfants déjà adultes.

Que faisaient-ils en Suisse ? Ils sont venus pour y louer un appartement en prévision de leur année sabbatique. Pourquoi sont-ils venus en France ? Une simple trêve de quelques jours pour découvrir la Ville des Lumières et faire du shopping. Ils prévoyaient d’ailleurs de rentrer en Suisse la semaine suivante.

À partir de ces informations, les policiers déduisent deux choses : soit Madame Belshaw s’est volatilisée volontairement en allant prendre le métro (elle devait avoir ses raisons), soit elle a fait une mauvaise rencontre qui a mal tourné. La thèse de l’assassinat n’est cependant pas encore avancée.

Monsieur Belshaw signe sa déposition et quitte le commissariat, escorté par le directeur de l’hôtel qui le raccompagne jusqu’à sa chambre.

Dès le lendemain, l’avis de disparition avec photo à l’appui est placardé un peu partout dans la capitale. Mais cela ne donne rien, aucun accident ni agression n’ont été signalés dans les rues de la Bibliothèque Nationale ni dans l’ensemble du secteur.

Deux jours s’écoulent encore sans aucune nouvelle. Et si elle était rentrée en Suisse dans leur maison de location de Crans-Montana ? Cette éventualité reste tout de même possible.

Le 19 janvier 1979, le Professeur Belshaw est de retour à Vaud dans les Alpes suisses. Avant de quitter la France, il ne prend pas la peine de prévenir par téléphone les propriétaires de son appartement de location, ni de contacter le concierge du chalet. Il commet aussi l’impair de ne pas aviser la police suisse, considérant certainement la démarche comme superflue et non nécessaire. Puisque le consulat canadien et la police française ont déjà été mis au courant de la disparition de Betty, à quoi bon en rajouter !

Grave erreur.

Seul dans l’appartement vide, l’homme commence à égrener les heures en se tournant les pouces. Il est contacté tous les jours par ses enfants très inquiets qui veulent avoir les dernières nouvelles sur leur mère, étonnés par l’incroyable lenteur de la procédure. Diana, la fille aînée, insiste encore pour venir rejoindre son père en Suisse. Au téléphone, elle le sent au bout du rouleau, complétement bouleversé, presque sous le choc. Elle ne peut pas le laisser dans cet état.

Les retrouvailles entre père et fille sont bouleversants. Ils restent longtemps enlacés. Un soir, Diana Belshaw déclare quelque chose : et si sa mère avait mis fin à ses jours ? Si elle s’était suicidée ?

À partir de ce moment, l’éventuel suicide de Betty commence à obséder son mari. Oui et finalement, c’est une possibilité, sinon, comment expliquer cette longue absence, ce refus de prendre contact avec lui, qu’elle tranquillise au moins les enfants !

Pourtant, elle semblait tellement sereine et joyeuse quand ils se sont quittés, ce matin du 6 janvier dans cette station de l’Odéon. Elle était tellement heureuse à l’idée de vivre une année entière en Europe, elle n’était ni déprimée ni névrosée, elle faisait des projets pour l’ameublement et de tous les livres qu’elle souhaitait acheminer depuis le Canada sans compter la liste de tout ce qu’elle voulait acheter… Elle était en effervescence, alors se suicider…

Mais plus le temps passe et plus l’idée qu’elle ne serait plus vivante est devenue une certitude.

C’est à partir de ce moment que les choses deviennent de plus en plus bizarres.

Tout d’abord, au Novotel à Paris, où la police se rend pour inspecter la chambre occupée quelques semaines auparavant par les Belshaw. Alors qu’ils consultent les registres de l’hôtel, l’un des réceptionnistes de nuit leur donne une information capitale : durant tout le séjour du couple dans l’établissement, M. Belshaw a toujours été vu seul, il n’était jamais en compagnie de sa femme. Les policiers ne comprennent pas : comment ça, sans sa femme, alors que leurs deux noms figurent dans les registres ?!

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